Brême innove avec le "bureau du temps"
LORRAINE MILLOT - Libération du 13 décembre 00
Son directeur met du bon sens dans les rythmes administratifs Désormais,tous les jeudis de 8 heures à 18 heures, les habitants de Vegesack sont assurés de trouver ouvertes six grandes administrations locales.
Sur le grand tableau des services de la mairie de Brême-Végesack, quartier nord de cette grande ville du nord de l’Allemagne, une ligne inhabituelle a fait son apparition : "Bureau du temps" (Zeitbüro). Les curieux, intrigués par ce que petit bien réguler ce bureau, sont invités à monter sous les toits de la mairie,jusqu’à une mansarde repeinte en blanc frais. Le bureau du temps tient en cette petite pièce, deux ordinateurs et un employé-directeur, Thomas Hanke, 3 7 ans. Au mur, l’horloge qui sert de décor est arrêtée sur 7heures moins 25, mais cela ne veut rien dire, assure-t-il : "C’est juste parce que je n’aime pas cette pendule."
"Casse-téte infernal".
Premier bureau du temps créé en Allemagne en 1997, surle modèle des bureaux initiés en Italie par le mouvement des femmes, le Zeitbüro revendique déjà quelques changements mesurables dans la vie du quartier. Le plus concret est la "journée du citoyen", instaurée en février 1999. Tous les jeudis, de 8 heures à 18 heures les habitants de Vegesack sont assurés de trouver ouvertes six administrations- le bureau d’état civil, le bureau d’urbanisme, la Perception du fisc, l’agence pour l’emploi, la chambre des ouvriers et celle des employés. "Auparavant, chacune de ces six administrations avait des horaires différents, raconte Martina Heitkôtter, la fondatrice de ce bureau du temps. Certaines n’ouvraient que le matin, plus ou moins tôt, certaines fermaient à l’heure du déjeuner, d’autres non... C’était un casse-tête infernal."
Plainte des marchands.
La perception, installée sur la place du marché, poussait le vice jusqu’à ouvrir les lundis, mercredis et vendredis matin, alors que le marché se tenait sous ses fenêtres les mardis, jeudis et samedis. "Les marchands se plaignaient de ce décalage, se souvient son directeur, Peter Rindfleisch. Mais nous ne pouvions rien faire. Toutes les perceptions du nord de l’Allemagne ouvrent ces matins-là, depuis la nuit des temps." Grâce à l’intervention du Zeitbüro, ce directeur a réussi à convaincre son administration de tutelle et son personnel de la nécessité de changer de rythme. "Cela nous a même permis de rationaliser nos services, car nous avons spécialisé des employés dans l’accueil des contribuables", se félicite-t-il.
Modeste encore, le travail du Zéitbüro consiste pour l’essentiel à remettre un peu de bon sens dans des rythmes de vie publique souvent devenus aberrants. Rien que cela demande parfois des années de lutte. Le service des permis de conduire et immatriculations, par exemple, s’obstine à fermer à midi tous les jours et à 17 heures le jeudi, sous prétexte que les graveurs de plaques d’immatriculation ne veulent pas ouvrir plus longtemps. La bibliothèque municipale n’ouvre que de 11 heures à 18 heures le jeudi, et ne compte rejoindre la "journée du citoyen" qu’en mai, si elle obtient le personnel nécessaire. "Ces huit dernières années, le personnel des bibliothèques de Brême a été réduit de 50 % explique la directrice, Il se Rachner. Je veux bien ouvrir davantage, mais il faut m’en donner les moyens." L’expérience de Brême se déroule de fait dans une ville particulièrement endettée, qui a dû drastiquement réduire ses frais de personnel ces dernières années.
Forums consultatifs.
Souvent invisible comme il se doit, le travail du "bureau du temps" consiste aussi à faire communiquer les acteurs de la ville entre eux. Sous son impulsion, deux forums consultatifs ont ainsi été créés qui se réunissent quatre fois par an. Le forum des transports, réunissant entreprises locales de transports en commun et représentants des usagers, a permis aux salariés de l’hôpital de faire savoir qu’ils ont besoin d’autobus quelques minutes plus tôt ou plus tard, pour coïncider avec leurs horaires de service. Le "forum pour un Végesack agréable" réunit lui un plus vaste cercle d’acteurs du temps de la ville : commerçants, entrepreneurs, syndicalistes, directeurs d’école, pasteur ... Toutes personnes qui, dans la grande ville moderne, avaient perdu le contact entre elles. Jusqu’à ce que le temps les rattrape, ou du moins son bureau .







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