Intervention
d’André Cazetien (Les Verts)
lors de la réunion contre le projet d’extension des gravières de Lahontan
Pendant des siècles l’être humain a construit des maisons et des édifices publics, des
châteaux et des églises avec des pierres du gave transportées dans des chars à boeufs non
motorisés, non polluants. Cela ne perturbait pas le déroulement de la vie des gens dans
leurs villages. L’intérêt général n’était pas mis en cause, comme aujourd’hui, par des intérêts
privés.
Aujourd’hui, des entreprises industrielles peuvent exercer leur activité en portant
gravement atteinte à l’environnement, à la vie de chaque jour, à la santé et à la sécurité des
populations avoisinantes. C’est le cas pour la population de la commune de Baudreix-
Mirepeix, à côté de Nay, qui s’élève, je cite, "contre les nuisances des camions qui effectuent
les rotations pour la société d’exploitation d’une gravière". Ces riverains, je cite encore, se
plaignent que leur village soit devenu "un couloir à camions". "Nous avons droit", disent-ils
enfin, "aux cailloux, à la terre et à la poussière jusque dans nos maisons."
Vous avez raison, ici à Lahontan, de vous opposer fermement à ce que votre village
perde lui aussi sa tranquillité et sa douceur de vie.
Vous avez raison, vous êtes dans le droit moral, de vouloir préserver un environnement
qui participe à la joie de vivre et un espace cultivable pour des produits du terroir. Chaque
existence individuelle mérite d’être protégée. Ceux qui portent ou laissent porter atteinte à
l’environnement prennent bien soin, le plus souvent de vivre ailleurs, confortablement et à
l’abri des nuisances.
Vous avez raison d’exiger que l’intérêt public, celui des habitants, soit pris en
considération avant l’intérêt privé.
Mais, objectera-t-on, tirer la roche du sol et fabriquer du gravier pour faire des routes,
c’est conforme à l’intérêt public. Cette affirmation, qui sans doute vous a été opposée,
mérite aujourd’hui d’être débattue.
Construire ou entretenir une voirie routière intercommunale indispensable à l’activité
des populations c’est tout-à-fait compréhensible. Mais cela, jusqu’au siècle dernier, était
resté à dimension humaine et n’exigeait pas la multiplication des gravières. Aujourd’hui,
c’est d’autre chose qu’il s’agit. Les matériaux tirés du sol servent à la construction par
d’énormes entreprises à capitaux privés, des autoroutes nécessaires au camionnage des
marchandises commercialisées par des sociétés multinationales et boursières, soucieuses
avant tout de profit maximum et pour qui compte bien peu le sort des régions traversées et
la vie de leurs habitants.
Les matériaux de la gravière de Lahontan comme de celle de Baudreix-Mirepeix, ou
d’ailleurs, peuvent servir demain à bétonner la Transnavarraise à laquelle 5 000
manifestants ont dit NON il y a trois mois à St Palais.
Ils peuvent servir, ces matériaux, à élargir la RN 134 pour permettre à l’axe autoroutier
E7 de faciliter le passage des lourds camions internationaux à travers le corps de la
magnifique vallée d’Aspe et à justifier l’abandon scandaleux du rétablissement de la ligne
ferroviaire Pau-Canfranc.
Les gravières de Lahontan et de Baudreix-Mirepeix peuvent être aussi utilisées pour la
réalisation de la voie routière Pau-Oloron à travers un magnifique piémont pyrénéen et qui
deviendrait un maillon de cet axe autoroutier international entre le nord de l’Europe et la
péninsule ibérique.



Commentaires